Un jour, son fils reçut une lettre de Paris. Il l’ouvrit d’un air déjà tragique.

—Bon Dieu de bon Dieu! fit-il.

Et il lut:

«Mon Émile, c’est pour te dire que la petiote est bien malade. C’est une entérite. Elle vomit tout ce qu’elle mange, et elle a perdu cinq livres en une semaine. Le médecin dit qu’il ne faut lui donner que des jaunes d’œufs, du lait stérilisé coupé avec du Vichy, et de l’émulsion Scott. Je ne sais pas comment arriver: quatre jaunes d’œufs frais à trois sous, ça fait douze sous; un demi-litre de Vichy et le lait stérilisé, c’est plus d’un franc; et l’émulsion Scott, c’est quatre francs la petite bouteille. Le médecin dit que l’entérite c’est très long, et qu’il faut continuer le traitement des mois et des mois. J’ai engagé la pendule...»

Emmeline releva la tête.

—Est-ce que c’est bien sûr, au moins, dit-elle, qu’on m’endormira?...

LE BON PÈRE

La femme du Jean Perdu étendit sur un drap le linge qu’elle allait porter à la rivière, mit un morceau de savon de Marseille par dessus, après avoir compté les pièces, et lia le drap par ses coins, solidement. Puis, d’un tour de reins, elle enleva le paquet. Le Jean Perdu fumait sa pipe devant la maison, assis sur un banc. Petit Pierrot, sur la route, essayait de courir après les poules du voisin. Il n’avait que vingt-six mois, et tremblait encore sur ses jambes, espèce de château branlant. Un caillou heurta son pied nu, rouge de froid, et il tomba. Alors, on vit son derrière, parce qu’il n’avait ni langes ni culotte, malgré la saison, mais seulement un mauvais sarrau de flanelle à carreaux rouges et noirs. Mais il ne cria que très peu, connaissant déjà son père. Sa mère le releva et dit au Perdu:

—Tu le garderas, ce p’tiot?

L’homme ôta sa pipe de sa bouche, et répondit d’un air sournois: