C’étaient les livres amassés par M. Fauche pour sa thèse: les éditions de textes grecs, les revues spéciales allemandes, les grands cartons contenant des photographies de ruines, de détails architecturaux, de vieilles pierres.

—Ah! oui, dit le professeur... Il continua, plus anxieux, en regardant du côté de Marie-Blanche:

—Qu’est-ce qu’elle mange?

Il posa cette question parce qu’il avait dans l’idée, vaguement, à cause des réclames qu’il lisait dans les journaux, que les enfants ne mangent que des choses extraordinaires, vendues chez les pharmaciens. Louise dédaigna de répondre et M. Fauche continua de regarder Marie-Blanche. Elle avait un front bombé sous des cheveux châtains, de beaux yeux noirs, un nez trop petit et la peau mate. Et il prononça tout à coup, d’un air scandalisé:

—Il lui manque deux dents de devant. En bas!

Quand on apporte un objet chez une personne, c’est bien le moins qu’il soit entier. Mais Marie-Blanche, saisissant le blâme qu’on lui adressait se mit à pleurer.

—C’est de son âge, dit Louise, puisqu’elle a six ans: ça repoussera.

M. Fauche se blâma. Il savait bien, il avait toujours su que les dents des enfants tombent et repoussent. Mais c’était une connaissance théorique. Dans la réalité, cette petite fille brèche-dents lui paraissait un phénomène insolite, hors de toute catégorie, et plutôt pénible à regarder.

—C’est l’heure de votre promenade, dit Louise. Allez donc au Luxembourg. Tout sera arrangé pour l’heure du dîner.

Perdu dans des pensées sans nombre, M. Fauche descendit l’escalier. Les fenêtres en donnaient aussi sur la cour, comme son cabinet de travail, et il fut tout étonné de ne pas entendre le merle. Il y avait du soleil, pourtant. Le merle chantait toujours, quand il y avait du soleil.