— Il y a ici quelqu’un qui est encore plus fort que Landru ! Et vous n’avez jamais fait attention à lui : vous méconnaissez son mérite !

— Nous méprisons la justice ! répliqua le distingué Sicougnot, et croyons en avoir le droit ; mais nous honorons l’équité. Nous sommes toujours prêts à rendre hommage au talent : toutefois, cherchant honnêtement de qui tu veux parler, je ne distingue personne digne d’un tel éloge.

— C’est Cardevaque ! jeta Athanasi d’une voix ferme.

Il y eut, dans l’assemblée, un petit rire de mépris. Tout le monde connaissait Cardevaque : c’était, de mine, un assez pauvre homme, à la fois chafouin et rondouillard, qui servait la messe à l’aumônier ; et celui-ci, par manière de récompense, l’avait fait placer comme infirmier au dispensaire. Au bagne, on n’aime pas ceux qui savent obtenir des faveurs.

— Cardevaque est un condamné à mort commué, répondit Pietr’ Athanasi ; et si vous lui aviez demandé le truc qu’il a eu pour se faire commuer, vous lui feriez le salut quand il passe. Ou plutôt vous seriez jaloux : vous n’auriez pas eu, à vous tous, assez d’instruction pour l’inventer.

Un jugement si dédaigneux ne pouvait manquer de froisser Sicougnot. Il ricana, dédaigneusement. Mais les autres, qui n’avaient que peu de sympathie pour cet homme du monde, furent d’avis qu’il fallait voir. On décida d’interroger Cardevaque.

Athanasi s’en fut le chercher. Il arriva, l’air bien modeste, comme il convenait devant un si puissant aréopage ; mais, sommé de conter son histoire, ne se fit point prier.

— Comme Landru, dit-il, je fus enfant de chœur dans mon enfance…

— Ah ! ah ! murmura Sicougnot.

D’une part il faisait profession de détester les curés, d’autre part il les considérait comme capables d’enseigner à leurs élèves des vues profondes et victorieuses.