— Oh ! madame… avait répondu Herbelin.
C’est ainsi que Mme Tcherkowska était revenue le lendemain avec M. Scévenoz ; et M. Scévenoz avait compris, avec les éloges qu’on donnait au bijou, ce qu’on attendait de lui. C’est aussi pourquoi, prêt à partir, il était allé chez son banquier. Maintenant, l’argent était là, dans sa poche. Il en échangerait la moitié contre un écrin et il enverrait l’écrin, bien serré dans une belle gerbe de roses d’automne. Il lui plaisait d’y songer ; il revoyait un grand lit, le matin, un grand lit qu’il connaissait bien, et l’éclat fier des gemmes sur la candeur des draps, tout près des fleurs jonchées.
Midi. Il retrouva les chanteurs dans la rue Thérèse : « Les myrtes sont flétris, les roses mortes ! » Intérieurement, il enleva le refrain avec eux. Un pigeon, venu jusque-là des toits du Louvre, hospitaliers à sa race, battit des ailes sur la chaussée, monta pesamment, puis devint plus léger, plus vite, et disparut. M. Scévenoz eut des impressions de voyage, de lointain ; il se vit en wagon, puis chez lui… Chez Herbelin, il se montra très bref, très décidé, prit l’écrin, le mit dans sa poche, paya, partit en courant déjeuner. Le café à peine avalé, il rentra dans sa chambre du Titanic. C’était un homme très ponctuel ; il voulait faire, sans se presser, ses derniers préparatifs.
Mais tout d’abord il ouvrit l’écrin. Il n’était point sans avoir quelque connaissance des joyaux, comme tout homme bien élevé, assez favorisé des dons de la fortune, qui a eu assez souvent l’occasion d’en voir et d’en manier ; il les aimait pour leur éclat, leur destination, qui est heureuse, leur valeur ; et il avait des traditions, il les considérait comme une réserve, une fortune qui dort, mais en s’étalant, ajoute au crédit de ceux qui les possèdent. Ce sont des choses qu’on aime à revoir, à tenir, à détenir… Il fit trembler les deux dormeuses dans sa paume largement ouverte, à la lumière.
— Les beaux diamants, fit-il à demi-voix, les beaux diamants ! Et vingt mille francs… ce n’est pas cher.
Le lendemain, Mme Tcherkowska reçut une gerbe de roses rouges opulentes, glorieuses, parfumées, orgueilleuses. Elle défit, elle-même, avec un peu d’impatience, dans cette attente du plaisir imminent qui brusque les gestes et les énerve, le papier qui les enveloppait : « Je sais, disait-elle, je sais… » La carte de Scévenoz tomba sur le tapis. Elle répéta : « Je sais » en la ramassant, l’air ravi, et rompit la gerbe. Et ce fut une gerbe, rien de plus, un amas splendide, odorant et vide ; des roses, voilà tout, des roses rouges, ardentes, croulantes, insolentes. Mme Tcherkowska murmura :
— Ce n’est pas possible, voyons. Ce n’est pas possible… Qu’est-ce que ça veut dire ? Il y a erreur !
Elle courut chez Elise, la fleuriste.
— On ne vous a rien donné à porter avec les roses que vous m’avez envoyées ? Il n’y avait pas autre chose… une petite boîte, un écrin ?