« Encore un cadeau de jour de l’an ! » pensa-t-il.

Il commença de dénouer la ficelle, mais ses mains étaient inexpertes, et il n’avait pas de canif. Il reposa l’objet sur une des deux consoles de la galerie, s’en donnant pour raison :

— Il vaut mieux laisser ouvrir ça par ma femme : d’abord, ça lui est désagréable, quand on ouvre un paquet avant elle ; elle veut être la première à voir, autant que possible ; en tout cas elle déteste n’être que la seconde. Ça lui enlève du plaisir : moi, ce que je m’en fiche !

Donc il s’installa paisiblement dans son bureau, chaussa ses escarpins fourrés, nourrit d’une bûche ou deux le feu de la cheminée, presque éteint, rompit la bande du Temps, et attendit Mme Lepoupin, sans témoigner d’une impatience excessive : il était accoutumé à son défaut d’exactitude. Notons, pour mémoire, qu’il n’en était pas de même de Mme Lepoupin à l’égard de son mari, s’il arrivait que celui-ci fût en retard, ce qui n’était point fréquent. Il avait essayé, avec des circonlocutions adroites, de lui en faire la remarque. Mais Mme Lepoupin avait répondu, non sans logique :

— C’est justement parce que tu es exact en général que ça m’agace quand tu ne rentres pas à l’heure ; tandis que moi, tu sais bien que ce n’est pas la même chose.

M. Lepoupin s’était donc, une fois pour toutes, résigné à ce que ce ne fût pas la même chose. Enfin sa femme arriva, vers huit heures un quart, ce qui lui parut à peu près raisonnable. Il ne fit aucune observation, il lui dit seulement :

— Tu sais, il est arrivé un paquet… encore un cadeau de nouvel an, je suppose.

— Je sais ! dit Mme Lepoupin, qui tenait le paquet par la ficelle, du bout de ses doigts encore gantés.

Et, sans même dépouiller ses mains du souple chamois qui les emmaillotait, avec une adresse à laquelle son mari rendit intérieurement hommage, elle défit la cordelette, extirpa le carton de sa chemise brune, l’ouvrit, et en retira une chose habillée de papier de soie.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda M. Lepoupin, quittant son fauteuil.