— Cinquante-deux sous ! proposa M. Aristide Pimperel.

Il l’eut pour douze francs cinquante, aux félicitations de l’assistance. Ceux qui le connaissaient lui demandèrent : « Qu’est-ce que tu vas en faire, Pimperel, de ton chameau ? » M. Pimperel, à la fois songeur et dédaigneux, refusa de répondre. Ses yeux s’illuminaient.

Vers cinq heures du soir, le lendemain, ses deux vieilles cousines, Mlles Lucile et Adélie Justadieu, qui avaient loué pour la saison un chalet près de la Panne, reçurent une lettre de leur cousin Aristide, les avertissant qu’elles recevraient bientôt une petite curiosité et qu’il les priait de l’agréer. La nouvelle leur en fit plaisir.

— Aristide est un peu fou, dit Mlle Lucile, mais il a bon cœur. Il ne nous oublie pas. Quand il est à Ostende, il nous envoie toujours quelque chose : des fleurs, un beau poisson, un baril d’huîtres.

— Cette fois, il dit que c’est une curiosité, remarqua sa sœur.

— Ce doit être une porcelaine, conclut alors Mlle Lucile : Aristide se connaît en porcelaines, il en a une belle collection.

Mais le chameau arriva deux jours plus tard, conduit par un groom du Tattersall qui semblait, du reste, ne le considérer qu’avec une méfiance mêlée de dégoût. La présence de ce ruminant causait déjà une révolution dans la Panne, qui était à cette époque, hélas ! un endroit paisible.

— Jésus mon Dieu ! cria Mlle Adélie, qu’est-ce que c’est que ça !

— C’est le chameau, dit le groom, concis. Le chameau de M. Pimperel.

Et il tendit des papiers qui le prouvaient, demandant un reçu, comme pour une caisse d’emballage.