— Il faut d’abord, déclara Bossebœuf, faire le bonhomme tout entier. C’est ça qui donne le mouvement : il n’y a de beauté que dans le mouvement.

Ils firent donc le bonhomme. Mais, en massant sa glaise, Roméas demanda tout à coup :

— Au fait, est-ce que c’est un bonhomme, ou une bonne femme ?!

— Tu es bête, dit Bouffrelier, puisque nous le casserons ! On n’y verra rien. Fais n’importe quoi.

Il fit donc n’importe quoi. Mais Glénardeau, qui était véritablement un esthéticien, ordonna :

— Allonge le bras, allonge ! Donne-lui un tiers de plus. La beauté est dans le mouvement, mais c’est dans l’exagération du mouvement que réside le secret de la gloire.

Et quand le « boulot » fut terminé, ils moulèrent le plâtre. Alors ils furent émus, car c’était à cette heure seulement qu’allait commencer leur véritable travail.

— Ça ressemble au Génie de la Bastille, tout bonnement, dit Bossebœuf, avec un air de doute.

— Tu vas voir ! fit Glénardeau.

Prenant un ciseau, il fit sauter les doigts, la chair, les muscles du bras trop long. L’aspect en devint informe, mais dramatique et désespéré. Puis il martela fortement la poitrine. Puis il étripa le ventre, puis il équarrit généreusement l’autre face ; et il mutila les cuisses et les jambes, de la même manière, dans la fièvre de l’inspiration.