Il avait trouvé, il était sauvé, le jour lui parut radieux, il sourit aux gens, il leur parla ; enfin il fut lui-même ! A peine rentré chez lui, sans rien dire de ses noirs soucis à personne, il alla trouver son député, à Blanduze. On était en vacances, le député était à Blanduze : c’était un bonheur !
— Il faut que tu me fasses un plaisir, dit-il. J’ai un ami, un grand ami… C’est à Lyon que j’ai fait ami avec lui, tu ne le connais pas, mais c’est entre nous, à la vie et à la mort : le lieutenant Malavial, lieutenant de vaisseau. Il est à Toulon, en ce moment, mais c’est un marin, tu sais ! Un marin qui n’aime que la mer. Il rêve de retourner dans les mers de Chine. Tu ne pourrais pas lui procurer un beau commandement, dans les mers de Chine, tout de suite ?
— Mais certainement, dit le député, certainement !
Et il prit une note.
— Ça sera fait, dit-il, dès mon retour à Paris.
Jamais l’absinthe que le Monarque prit ce soir-là au cercle de l’Espélunque ne lui avait paru aussi bonne. Et il paya aussi celle de Touloumès, de Peyras, de Bécougnan, il l’aurait payée au monde entier.
— Je viens de procurer un bel avancement à quelqu’un, dit-il confidentiellement. Et ça réchauffe le cœur, d’avoir fait du bien !
A compter du jour où le Monarque — du moins, telle était sa ferme conviction — fut débarrassé de ce pari qu’il ne savait guère comment tenir, en procurant à son funeste antagoniste, par l’intermédiaire du député de Blanduze, un commandement, un très beau commandement dans les mers de Chine, il fit plus grande figure encore que par le passé devant les habitants de l’Espélunque : car ceux-ci ne savaient rien des secrets motifs qui le faisaient agir ; ils ne voyaient que sa puissante pensée, étendue, pour les protéger, jusqu’à ces navires d’acier, portant le pavillon de France, qui flottent sur des mers dont on ne sait pas les noms.
— C’est donc, Monarque, lui disait-on, que tu t’intéresses aux choses de la marine ?