— Tu ne le feras pas ! Pour elle, et pour moi.

— Partonneau, sois franc !… Tu ne les as jamais aimées, ce qui s’appelle aimer ?

— Comment veux-tu que je te dise ? C’est probable. C’est même certain, puisque j’ai pu renoncer à elles… Il me semble, du fond de ce sommeil que je veux imposer à tout ce qui fut moi, que sur certains points, j’y vois plus clair encore que même cette dernière nuit, tu sais, à Paris… Il se pourrait que, de cœur et d’esprit, je n’aie jamais su aimer les femmes : les hommes seulement.

— Partonneau !

— Oui… Je suis quelqu’un à qui son éducation première, ses lectures d’adolescence ont montré les femmes comme le seul objet de désir, mais qui, au fond, n’était pas fait pour elles, dédaignait leur âme, se méfiait de tous leurs actes, même les plus simples, les plus légitimes. Et la vie que j’ai menée, les femmes instinctives, primitives que j’ai possédées, m’ont confirmé dons cette méfiance et cette incompréhension… Mais qui, par contre, aimait l’intelligence et l’énergie viriles, qu’il connaissait bien, les aimait passionnément, jusqu’avec sa sensibilité… Mon vieux ! Si je t’avouais que, depuis deux ans, j’ai pensé plus souvent à toi qu’à elles !

— Je te remercie…

— On est des vieux, maintenant, et de braves gens, après tout. On peut tout se dire…


Je ne voulais pas m’attendrir. Il l’avait dit : on était des vieux, on n’avait plus le droit. Je demandai seulement :

— Je reviendrai… Tu veux bien ?…