— Bonsoir, messieurs, dit-elle, en se retirant.
— Vous êtes bien mal ici, reprit alors le président. Je vous accable de travail, et je ne vous loge même pas confortablement.
Cet homme âpre et consciencieux éprouvait en cet instant un vrai remords. Il avait cinquante-cinq ans, quinze ans d’âge le séparaient de sa femme, qui avait exigé depuis quelques mois qu’ils eussent deux chambres. Miss Clare logeait dans une pièce communiquant avec celle des deux filles du ménage, et il n’était resté, pour Mérulle, que cette installation volante dans le cabinet de travail. Rennemont se reprochait d’avoir cédé, cédé par faiblesse et par amour, pour jouir encore d’un sourire quelquefois, pour être encore quelquefois accueilli…
— Et nous avons fumé ! continua-t-il. Voulez-vous que j’ouvre quelques instants les fenêtres ? Nous en serons quittes pour lever en grand la clef du poêle. Le tirage augmentera, et la pièce sera bien vite réchauffée.
L’air glacé du dehors entra par les croisées. Au même moment un employé de la ville passait, éteignant les réverbères. Mais une sorte de lueur semblait sortir de la neige candide, elle éclairait vaguement la nuit, montrant les grands arbres décharnés d’un mail, les statues d’une fontaine, drapées de glace, le clocheton blanchi d’un kiosque à musique. Rennemont referma les fenêtres.
— Allons, dit-il, bonsoir. Onze heures ! C’est tard pour un vieux comme moi, mais vous qui êtes jeune, vous allez peut être sortir ?
Mérulle fit un geste de dénégation.
— C’est vrai, dit le président, vous ne sortez presque jamais le soir. Oh ! vous êtes sage, Mérulle, vous êtes presque trop sage !
Il ne vit pas que Mérulle blêmissait un peu.
Le lendemain, comme il lisait déjà dans son lit, car il ne dormait que quelques heures, la cuisinière vint lui apporter son déjeuner.