Il sera, je crois, possible de prévenir cet inconvénient. L’Université n’aura aucun intérêt à compromettre aux examens le succès des élèves intelligents et travailleurs, les plus capables, les seuls capables de faire honneur à son enseignement. Que nos jeunes gens donnent l’exemple du travail consciencieux ; qu’ils ne fournissent, de parti pris, à personne, un sérieux sujet de plainte par leur conduite ; que dans les compositions ils enlèvent les meilleures places ; bref, qu’ils forcent l’estime de leurs nouveaux maîtres en même temps que celle de leurs camarades, et ils n’auront rien à craindre pour leurs examens.
Que si, pourtant, l’athéisme officiel, s’obstinant jusqu’au bout dans son abominable entreprise sur la liberté des âmes, prétendait contraindre nos enfants à opter entre les faveurs de l’État et une apostasie, est-il besoin de dire ce que commanderaient le devoir et l’honneur ? Il faudrait répondre par un souverain mépris à ce pouvoir marchandeur de consciences et lui rejeter en plein visage ses infâmes propositions.
A voir comme on traite nos magistrats et nos officiers, trop fiers pour lécher les bottes ou les bottines ministérielles, est-ce que ces carrières sont donc aujourd’hui si enviables ? Il en reste assez d’autres plus sûres et plus indépendantes, le commerce, l’industrie, l’agriculture, où l’intelligence et l’énergie de volonté savent toujours trouver leur emploi et le succès. On y trouve mieux encore : un bonheur tranquille, la liberté de prier Dieu sans crainte des dénonciateurs, mille occasions de rendre service à ses semblables, et aussi, quand leur estime vous a porté aux assemblées électives, le droit de parler haut aux tyranneaux officiels et d’empêcher une partie du mal qu’ils voudraient faire.
Et ne pourrait-on pas dire aujourd’hui qu’en elles réside l’âme de notre pays ? Si cela est, quelle noble ambition pour un jeune homme au cœur bien né que de contribuer pour sa part à moraliser cette âme, afin qu’elle arrive quelque jour à secouer le joug odieux qui pèse sur elle et à reconquérir ses vieilles destinées chrétiennes !
Pourquoi donc les Comités de défense religieuse n’inscriraient-ils pas dans leurs statuts la protection des jeunes chrétiens qui se destinent à ces carrières ? Pourquoi ne profiterait-on pas des facilités qu’offre la loi sur les associations pour fonder des syndicats, ayant pour but spécial de favoriser les agriculteurs, les commerçants et les industriels catholiques par tous les moyens légaux, y compris certaines mesures d’exclusion ? Puisqu’on nous met la paix à des conditions inacceptables, pourquoi la chercher plus longtemps ? Mieux vaut la guerre franche qu’une paix honteuse.
Pardonne-moi : je n’ai pas trouvé le temps d’être plus bref.
Ton frère,
Jean.
FIN