— Nous sommes d’ailleurs arrivés et j’aperçois le Père Ministre, qui vient à notre rencontre. »

Le Père Ministre est tout bonnement mon Père spirituel, que tu connais déjà. Sous sa forme ministérielle, les élèves n’ont guère avec lui de relations directes. C’est pourtant un gros personnage : il est le second du Père Recteur, pour tout ce qui regarde l’ordre général de la maison, et j’ai vu le Père Préfet lui-même venir, sa barrette à la main, lui demander la permission, un jour qu’il était fatigué, de prolonger le lendemain son sommeil jusqu’à cinq heures. C’est le Père Ministre qui gouverne la sacristie, la cuisine, les travaux intérieurs et tous les services domestiques, par le moyen des Frères coadjuteurs et du personnel salarié. Il a toutes les clefs, y compris celles de l’office et de la cave.

A ma vue, ses entrailles deux fois paternelles s’émurent de compassion et, pour me rendre plus vite mes jambes et mes couleurs, il nous offrit un petit verre de derrière les fagots avec un excellent biscuit de Reims. Nous prîmes les deux au grand air, sur une table champêtre, fort joyeusement, et pour terminer la soirée, pendant que mon professeur disait son bréviaire dans une avenue, le Père Ministre voulut bien perdre sur moi une partie d’échecs. Il s’en vengea en nous ramenant au collège dans sa carriole, pour nous épargner la route à pied.

Bonne journée. Je t’en souhaite beaucoup de semblables, mon cher Louis, sans grande chance de réalisation : car tes professeurs ont à promener leurs jeunes héritiers, et le lycée n’a pas de Père Ministre.

Demain, je rentre en classe. Quel bonheur !

Ton ami,

Paul.

28. Au même.

26 mars.

Mon cher Louis,