—Et… pas de lettre en bas?

—Non, pas de lettre, prononça Marie avec un étrange sourire.

—Ce sera pour ce soir… ou pour demain dit la grand'mère affectant un air tranquille.

—Non, maman Renaud, ni ce soir, ni demain… ni jamais!

C'était la première fois qu'elles parlaient si franchement de l'abandon de Jean. La grand'mère se mit à dresser la la table pour le dîner. Marie s'assit auprès de la fenêtre, regardant dans le vague. Leur repas fut bien triste, bien silencieux. Marie ne mangeait que pour obéir à sa grand'mère. Et la grand'mère prolongeait le repas: elle avait peur de cette soirée qu'elles allaient passer, en face l'une de l'autre, sans un travail pressé qui pût les distraire de leur douleur.

Cependant, Marie s'installa ensuite à sa table, comme d'habitude, et rangea toutes ses fournitures, ses morceaux de mousseline, ses fines broderies, ses dentelles, une foule de choses qui lui restaient parfois sur ses commandes…

A neuf heures, maman Renaud descendit. Elle avait fixé sa dernière limite d'espoir à cette soirée: Jean allait leur écrire, sûrement, pour les rassurer, et expliquer sa conduite de la façon la plus naturelle.—Quand la concierge lui eut dit, d'un air un peu goguenard, que le facteur était passé et n'avait rien laissé pour elles, elle remonta lourdement. Tout était bien fini!

Elle pénétra sans rien dire dans le petit logement et contempla sa fille, qui leva à peine la tête pour lui sourire. Et aussitôt, Marie se remit à une besogne qu'elle avait entreprise: elle cousait de minces bandes de mousseline, séparées par des entre-deux de valenciennes. Puis, sur une mignonne forme de carton, elle posait son ouvrage, l'arrondissait et y ajoutait des ruches de dentelle, avec de petites bouffettes de ruban blanc, très étroit.

—Que fais-tu donc, petite?

—Un bonnet, maman Renaud.