Le lieutenant comte de Brettecourt ressemblait étrangement à son ami Villepreux. Comme lui, il était grand, brun, énergique; il n'y avait entre eux de différence que pour les yeux: ceux de Brettecourt était bleus, d'un bleu clair, perçant, des yeux qui, sans lunette d'approche, malgré les mirages du désert, découvraient l'ennemi à des distances insensées, motif qui le faisait régulièrement placer en tête des colonnes. Ses yeux, en ce moment, paraissaient d'autant plus clairs, que sa peau était brunie, hâlée.

—Je vois que tu as pris leur teint à tes amis les Arabes, dit
Villepreux en riant.

—Nous leur avons pris tant de choses! fit Brettecourt en vidant un verre de ce pontet-canet qu'on appelle, au club de l'Union, le cru des ambassadeurs.

Brettecourt avait en effet l'habitude d'enlever beaucoup de choses à l'ennemi. Et, d'une dernière affaire, il avait rapporté les galons de lieutenant et le ruban rouge.

—Mes compliments! lui dit Villepreux en lui montrant sa boutonnière.

—Bah! fit modestement Brettecourt; je t'assure que je n'ai pas eu grand mal…

—Enfin, conte-moi tout de même la chose…

—Oh! c'est toujours la même histoire: des imbéciles d'Arabes, auxquels un fanatique de marabout a monté la tête, et qui s'imaginent qu'ils n'ont qu'à lever l'étendard de la révolte pour vaincre la France; un tourbillon de cavaliers qui court sur nos avant-postes, et une compagnie de chasseurs à pied qui passe à travers en promenade militaire, avec agrément de coups de feu: c'est tout simple. Le sergent Blandan nous a donné l'exemple.

—Les héros trouvent toujours que c'est tout simple d'être des héros!

—Mais en voilà assez sur mon compte! Parlons de toi, des tiens! Je sais que ta mère est déjà partie pour Angoville, et je sais même que tu as reçu une lettre d'elle ce matin…