—Eh! parbleu, je vais te faire le coup qui m'a débarrassé de mon dernier Bédouin.

[Illustration: Déjà les deux amis se préparaient pour l'assaut.
(Page 22.)]

Ils retombèrent en garde. Des membres du cercle étaient venus les regarder. Brettecourt, cherchant effectivement à refaire ce qu'il appelait le coup de son Bédouin, s'amusait à ne plus viser qu'à la tête; et Villepreux, négligeant presque de l'attaquer, défendait sa tête d'un jeu si serré que son ami n'avait pas encore pu l'atteindre.

Au bout d'un instant, Brettecourt eut l'air de vouloir rompre; Villepreux l'attaqua à son tour, le pressant avec vigueur. Le jeune officier semblait haletant; mais, soudain, reprenant l'offensive, il se précipita sur Villepreux, «quitta le fer» de son ami, puis, le battant aussitôt d'un mouvement sec, l'écarta et, allongeant le bras avec une rapidité foudroyante, lui porta un coup furieux à la tête… En ce moment, le vieux maître d'armes s'écriait, d'une voix angoissée par la terreur:

—Arrêtez, monsieur le comte, arrêtez! Votre épée est démouchetée! Arrêtez!

Il était trop tard!

L'épée démouchetée de Brettecourt avait déjà frappé le masque de Villepreux; et elle était lancée avec tant de violence que la pointe, se frayant un chemin à travers les mailles du masque, avait atteint le marquis à l'œil droit.

Brettecourt éprouva cette impression si particulière que donne une arme pénétrant dans quelque chose de mou et faisant une blessure; et cela était d'autant plus affreux pour lui qu'il avait éprouvé d'abord la résistance du masque.

[Illustration: Alors il se précipita à genoux devant lui. (Page 25.)]

Villepreux, en recevant le coup sur le masque, avait commencé de prononcer le mot: «Touché!» Mais il ne l'acheva pas. Sa voix se perdit en un soupir étouffé: sa main laissa échapper son arme; et, pendant une demi-minute, qui sembla interminable à Brettecourt, il chancela sur la planche comme une masse insensible qu'une force supérieure balance; puis, il s'abattit, sans un mot, sans une plainte. Et il demeura immobile, comme mort, aux yeux de son ami épouvanté: