Bientôt, on entendit des pas dans le grand escalier et l'escalier de service. La nouvelle s'était vite répandue dans l'hôtel; Guépin avait raconté que, comme il attendait à la porte, M. Honoré la lui avait annoncée. Et tous les domestiques accouraient. Plusieurs d'entre eux, vieux serviteurs de la famille qui avaient vu mourir le mari de la marquise, regrettaient qu'on ne les eût pas appelés plus tôt: ils auraient voulu assister, agenouillés, ne fût-ce que de loin, aux derniers moments du marquis. Et tous s'agenouillèrent dans le petit salon, rangés au cercle, et prièrent sincèrement pour ce maître si bon, d'une bienveillance si familiale.
Quant à Guépin, il donnait les signes du plus violent désespoir et ne cessait de répéter:
—Mon maître!… mon bon maître!… Mon cher maître!…
C'était un nouveau venu dans la maison que ce Guépin, un domestique très moderne, qui tranchait sur les vieux serviteurs de la famille. Naturellement on ne l'aimait pas beaucoup; mais on s'inclinait devant lui, parce qu'il était le valet de chambre du maître. C'est la marquise qui l'avait presque imposé à son fils; elle voulait que tout fût jeune autour de lui. Et Guépin, drôle cynique, était doué d'une telle puissance d'hypocrisie, qu'il avait persuadé à la marquise et à son fils qu'il leur était absolument dévoué.
Honoré jugea que son explosion de douleur avait assez duré, et que, par suite, celle des assistants ne pouvait durer plus longtemps. Il se releva, essuya ses larmes; et, d'un geste, il renvoya les domestiques. Seul, Guépin demeura à l'entrée de la chambre.
Puis, Honoré, s'adressant au notaire, au médecin, à Brettecourt, dit:
—Je vous remercie, messieurs, au nom de ma mère et au mien, des preuves de sympathie que vous nous donnez. Merci de tout mon cœur.
«Guépin, reconduisez ces messieurs.
Le médecin et le notaire allaient se retirer sans difficulté; mais Brettecourt semblait ne pas avoir entendu. Un sourire infernal glissa sur les lèvres d'Honoré; et frappant légèrement sur l'épaule de l'officier:
—Excusez-moi, dit-il, si je ne vous reconduis pas moi-même; mais vous me permettrez de ne pas quitter le corps de mon frère.