— Ma foi, oui, monsieur ; lorsque nous sommes rentrés vers deux heures du matin Léon Drapier s’est souvenu qu’il avait dans sa poche une lettre qu’il fallait mettre à la poste pour sa tante, une dame qui habite Poitiers, je me rappelle cela parce que je connais Poitiers, et alors il m’a dit : « Descendons jusque chez la concierge et donne-lui cette lettre qu’elle la mette à la boîte le plus tôt possible, demain matin… »
— Alors ? fit Juve.
— Alors, poursuivit la demi-mondaine, je suis allée jusque chez la concierge, et j’y ai dit : « C’est une babillarde à coller dare dare dans la fissure du bureau de poste ! » J’ai glissé une pièce de vingt sous avec et la concierge est allée faire la commission sur le coup de six heures du matin…
— C’est parfait, cela ! pensa Juve tout haut. Bien !… L’affaire, tout en se compliquant, s’éclaircit et l’innocence de Drapier m’apparaît désormais ! Certes, il a menti en déclarant qu’il avait passé la nuit chez lui ; mais je comprends qu’il l’a fait pour éviter une scène avec sa femme légitime. Seulement, ce mensonge aurait pu lui coûter cher !
Juve se leva.
— Mademoiselle, dit-il sévèrement avant de quitter Paulette, je dois vous prévenir que vous vous êtes mise dans une situation fort grave en fabriquant de faux certificats.
« Je reconnais que c’est dans une bonne intention, mais je vous conseille vivement de ne pas recommencer, et je vous signale qu’à l’heure actuelle vous encourez deux ans de prison !
Paulette devint livide.
— Ah, monsieur ! monsieur ! de grâce, ne m’arrêtez pas !
— Je ne vous arrête pas ! fit Juve, mais prenez garde !