Il s’agissait d’une sorte de grande blouse faite d’alpaga, une étoffe sèche qui ne retenait pas la poussière. La blouse était serrée aux manches, aux chevilles, au cou, par de puissants élastiques qui garantissaient qu’elle fermait hermétiquement.
Les hommes, enfin, enfonçaient sur leurs cheveux une sorte de calotte noire qui, elle aussi, les serrait au visage étroitement.
Pourquoi prenait-on toutes ces précautions et dans quel but imposait-on cet uniforme ?
Qui eût suivi ces ouvriers s’en fût facilement rendu compte.
En sortant des vestiaires, ils se rendaient, en effet, dans les ateliers de travail, et là c’était un éblouissement, un extraordinaire spectacle, une féerie qui ne pouvait manquer de surprendre et d’halluciner en même temps.
Dans les ateliers de la Monnaie, tout semblait en réalité être en or, et le précieux, le terrible métal se devinait partout.
On s’occupait, en effet, d’une importante frappe de pièces de vingt francs qui devaient être, un peu plus tard, mises en circulation. La Monnaie était donc en pleine période de travail, et l’on y manipulait chaque jour de l’or pour des sommes véritablement fabuleuses.
Or, au cours des différentes manœuvres de fabrication, au cours de l’estampage, du rognage, l’or semblait se pulvériser en une chaude poussière, d’une invraisemblable finesse.
Tout se trouvait dès lors poudré d’or. Tout disparaissait sous une couche jaune et, fort peu de temps après la mise en marche des machines, les ouvriers eux-mêmes, vêtus de leurs grandes blouses, étaient rutilants, comme dorés, ou comme saupoudrés de la précieuse poudre.
Il y avait naturellement des fortunes véritables qui flottaient ainsi dans l’air. L’État ne pouvait admettre que ces fortunes fussent perdues, et c’est pourquoi des précautions spéciales étaient prises. Les ouvriers étaient astreints à changer de vêtements ; de plus, ils devaient, en quittant l’atelier, se débarbouiller dans des eaux que l’on épurait ensuite et, de la sorte, aucune parcelle, si petite fût-elle, de la précieuse matière ne se trouvait égarée.