— Pardon, monsieur, mais à qui ai-je l’honneur de parler ? Que faites-vous ici ?
Le monsieur vêtu de noir répondait au salut de M. Davout par une révérence non moins polie et ripostait d’un ton tranquille :
— Mon Dieu, monsieur, mon nom ne vous apprendrait rien, j’attends tout simplement monsieur le directeur et, en l’attendant, je me promène…
Cette réponse eut le don de stupéfier littéralement l’honnête inspecteur général.
Il y avait vingt ans, en effet, qu’il était à la Monnaie, qu’il y occupait ses fonctions, et jamais encore il ne lui avait été donné d’entendre une phrase si parfaitement ahurissante à ses yeux.
— Vous vous promenez ?… reprit-il.
Et il disait cela d’un ton qui marquait sa stupéfaction.
L’autre, cependant, continuait, toujours fort calme, et ne paraissait pas s’apercevoir de l’énormité de ses paroles.
— Je n’étais encore jamais venu ici. Vraiment, c’est très amusant de voir fabriquer la monnaie… Dites-moi, ces machines…
Il fut interrompu dans sa phrase par M. Davout. Celui-ci, en effet, muet de surprise tout d’abord, commençait désormais à retrouver son sang-froid. Il reprenait l’usage de la parole pour prononcer immédiatement :