— Tiens, mademoiselle Berthe ! Et comment ça va ?

La pimpante jeune fille éclatait de rire, en reconnaissant celui qui lui souhaitait le bonjour. C’était un grand gaillard, un infirmier de la section des contagieux, qui plaisantait volontiers avec elle pour le plus mauvais des motifs.

— Vous m’avez fait peur ! protesta l’infirmière, donnant la main à son ami. Beau temps ce matin !

— Oui, beau temps, riposta l’infirmier. Et quoi de neuf, chez vous ? Il y a bien longtemps qu’on ne vous a pas vue…

— Pas étonnant, monsieur Jules, le service était bourré. Ma parole, on ne savait plus où donner de la tête ! Y avait des brancards dans toutes les salles !

L’infirmier avait tiré une cigarette, il l’allumait, en dépit des règlements, et ripostait en homme blasé :

— C’est comme chez nous. Il y a eu un moment de presse, de la typhoïde en masse ! Heureusement qu’on a claqué beaucoup ; maintenant il y a de la place !…

Il disait cela sans méchanceté, en homme que le métier a durci et qui ne peut plus guère s’apitoyer sur les malades qui ne sont pour lui que des numéros, des lits occupés, des occasions de travail.

L’infirmière, d’ailleurs, ne tressaillait point aux paroles de son compagnon.

— Ah ! vous avez de la veine ! ripostait-elle. Chez vous, en effet, on claque pas mal, et cela fait de la place ! Chez nous, ils ont la vie dure ! En ce moment, ils s’en tirent tous ! C’est à dégoûter du métier… Il y a plus de quarante pansements chaque matin !