Dégueulasse sursauta. Fumier jura.

— Bon, qu’est-ce qui s’passe ?

À ce moment, les béquilles hautes, les mains en avant, des cannes tournoyant autour de leur tête, un groupe d’invalides fonçait sur les deux voleurs.

— Flûte ! jura Fumier. V’là les débris qui s’réveillent !

Dégueulasse, à ce moment, ordonnait :

— Cavalons, mon poteau, cavalons ! Avec le foin qu’ils font, sûr que les pompiers vont rappliquer !…

Dégueulasse et Fumier eurent tout juste la peine de décocher trois ou quatre coups de poing. Il y eut de sourds jurons, une courte lutte. Radrap était tombé par terre, il jurait comme un fou. Croquemitaine, de son côté, geignait qu’il avait sûrement reçu un coup de sabre. Un autre prétendait avoir eu la poitrine trouée par un boulet.

Dans la bande des invalides, ce fut une véritable panique.

Un quart d’heure plus tard cependant, à la chambrée, ils discutaient leurs exploits.

— Enfin, tout d’même, grondait Radrap, on n’pourra plus dire à la place qu’il ne se passe rien et que nous avons le cauchemar ! La meilleure preuve qu’il se passe quelque chose, c’est que Croquemitaine a l’œil poché, que Ravon a la jambe cassée – il s’agissait d’une jambe de bois – et que j’ai reçu des coups de poing qui m’ont enfoncé les côtes. Ce sont des preuves, cela !