À ce moment, et comme le vacarme devenait assourdissant dans le bouge, une voix grave ordonna :

— La paix !

Et comme par enchantement, chacun se tut. Un silence profond régna, entrecoupé seulement par les hoquets époumonés du malheureux patron qui se frottait avec conviction, car le soulier ferré de Ma-Pomme l’avait cruellement molesté.

— La paix !… Asseyez-vous !

Personne ne rechigna, on s’assit. L’homme qui parlait s’était lui-même attablé dans l’ombre. Il avait posé devant lui un coffre, il promenait sur l’assistance un regard courroucé. Brusquement, il éclata en colère :

— Vraiment, déclarait-il, j’ai honte de vous, et je regrette de vous connaître ! Jamais on ne vous décrassera ! Jamais on ne vous fera comprendre que votre conduite est stupide !… Ce n’est pas agissant comme vous le faites, à la façon de rôdeurs imbéciles, que vous parviendrez jamais à quelque chose ! Vous êtes du gibier de prison, voilà tout… Pas un de vous, peut-être, ne finira grand ouvrier. Je vous renie !

La bande tremblait, ne soufflait mot. On n’osait point même regarder celui qui parlait ainsi, à peine chuchotait-on son nom, sur un ton de respect et d’effroi à la fois :

— Fantômas !… Fantômas !… C’est lui ! C’est Fantômas !…

C’était bien Fantômas, en effet.

Le bandit, probablement désireux de dépister la police, avait donné rendez-vous à toute sa bande à Robinson, indiquant le modeste bouge qu’il connaissait comme lieu de réunion. Il était entré au milieu du vacarme, il avait assisté aux querelles. Maintenant qu’il avait forcé chacun à se tenir tranquille, il continuait à promener un long regard sur ceux qui l’entouraient.