— Job Askings ! Tu m’as dit que tu avais cinquante mille balles dans tes profondes. Est-ce vrai ?
— C’est vrai ! fit Juve, qui n’avait pas un sou sur lui.
Le chef continua encore :
— Job Askings, les flics sont là-haut. Une surprise est toujours possible. Les balles sont mauvaises. Tu peux être tué… Veux-tu me laisser ici en dépôt ta fortune ? Si tu es sauf, je te la rendrai ; si tu meurs, je la garderai, et du moins les flics ne l’auront pas !
Juve, à cet instant, était de plus en plus surpris. Il n’y avait en effet pas à s’y tromper. Les Grouilleurs semblaient être, non point seulement une bande de voleurs, une horde de pègres se débattant comme des forcenés au milieu de la vie civilisée, c’était plutôt une peuplade, une peuplade de bandits, et cette peuplade pratiquait l’hospitalité, prétendait à l’honnêteté, avait son honneur et ses vertus !…
— Les étranges gens ! estima Juve.
Mais le policier surtout était épouvanté chaque fois qu’il entendait prononcer par ces surprenants individus un mot ayant trait à la police.
La police ! C’était véritablement l’ennemi de tous les jours. Il y avait guerre acharnée entre elle et les Grouilleurs !
Juve, brusquement, songeait que cette haine féroce de ces individus, c’était peut-être bien l’explication de tant de crimes incompréhensibles, de tant de meurtres inexpliqués.
Ah ! sans doute, lorsque les Grouilleurs se glissaient hors de leur repaire, lorsqu’ils se répandaient pour effectuer leurs rapines dans Paris, il devait se passer d’horribles choses que personne n’avait jamais soupçonnées !