Il interrogea durement :

— Que dis-tu ? Comme j’ai tué l’autre ! Qu’est-ce que cela signifie ?

La terreur donnait des forces à M me  Drapier.

D’une voix haletante, au paroxysme de l’émotion, elle exprima nettement sa pensée :

— Oui, fit-elle, je sais ce que tu as fait… Je connais ton mensonge, je n’ignore point que la fameuse nuit du crime, la nuit à l’issue de laquelle on a trouvé Firmain, le valet de chambre assassiné, tu ne t’es pas couché dans ton lit. C’est donc que tu étais dans ton cabinet de travail avec Firmain, avec la victime… J’ai compris cependant qu’il était dangereux pour toi de le reconnaître, de l’avouer, parce que l’avouer c’était… te reconnaître coupable… Précisément, pour faire croire aux domestiques que tu avais couché dans ta chambre, j’avais, moi, défait ton lit !

« J’étais seule à le savoir ! Or, n’as-tu pas profité de cette circonstance et de cet incident absolument imprévu pour affirmer que tu t’étais couché ? Tout le monde t’a cru, moi seule je savais… Je sais que c’était un mensonge… et c’est pour cela que j’ai peur de toi !

Léon Drapier était devenu très pâle. Il interrogea, faisant sa voix aussi douce que possible :

— Pourquoi as-tu peur de moi à ce propos ?

M me  Drapier eut un rire de folle.

— Parce que les criminels, lorsqu’ils se sentent découverts, cherchent à faire disparaître tous les témoins de leur crime. Tu es au courant, tu sais que je connais la vérité, tu as cherché à me tuer pour m’obliger à me taire !