— Vous partez, dit-il, pourquoi ?
— Parce que, déclara nettement Eugénie Drapier, tout est irrémédiablement fini entre nous. Ne croyez pas que j’agis à la légère ; si j’ai pris cette décision rapidement, elle est en tout cas profondément enracinée dans mon cœur, rien au monde ne pourrait me faire modifier ma façon d’agir !
— Vous quittez votre demeure ? interrogea encore Léon Drapier, dont la voix se couvrait de sanglots, vous quittez votre mari ?…
Déjà Eugénie Drapier était sur le pas de la porte. Il semblait que c’était une autre femme, son visage affectait une impassibilité absolue, ses yeux ne regardaient plus, ils étaient, semblait-il, perdus dans un rêve lointain et on avait l’impression que cette femme, désormais, était insensible à tout ce qui se passait autour d’elle, qu’elle poursuivait un but, une idée fixe…
Mais quel était ce but ?
Quelle était cette idée fixe ?
Léon Drapier, qui n’avait pas encore pu croire à la décision de sa femme, bondit soudain en la voyant près de la porte.
— Non ! non ! hurla-t-il. Je ne veux pas que vous partiez ! Restez, je vous en supplie ! Sans doute j’ai des torts effroyables à votre égard, mais je me repens… À tout pécheur miséricorde ! Eugénie, je vous en supplie, soyez bonne… Pardonnez !…
La voix sèche et glaciale d’Eugénie rétorquait :
— Pour la dernière fois, Léon Drapier, je vous dis ceci : vous avez fait à mon cœur la blessure la plus inguérissable qu’il soit possible de faire à un cœur comme le mien. Dussé-je vivre cent ans, je souffrirai toujours comme je souffre aujourd’hui.