« Eugénie, crois-moi, c’est en s’intéressant au malheur des autres que l’on oublie ses propres chagrins. Tu n’es point faite pour t’en aller dans nos couvents lointains, pour accepter la règle rigoureuse de nos ordres religieux. Par contre, je te connais, je sais que ton cœur est gonflé de tendresse maternelle et qu’il souffre de ne point avoir un enfant. Eugénie, tu es riche, libre d’agir à ta convenance, laisse-moi te donner un conseil. Cherche autour de toi à soulager une infortune, fais comme nous faisons, nous, les filles stériles qui nous sommes vouées à Dieu.

« Occupe-toi de l’enfance et sauve, en le protégeant, un pauvre être innocent. Je t’assure que là est le devoir de la femme qui se replie sur elle-même… Fais comme nous, Eugénie, songe à ce que je te dis…

Cependant que la religieuse parlait de la sorte et que le murmure de sa voix retentissait à l’oreille d’Eugénie Drapier comme une musique douce et persuasive, la femme du directeur de la Monnaie ne pouvait détacher son regard des enfants qui jouaient dans le jardin.

L’un d’eux, tout particulièrement, attirait et retenait son attention.

Elle l’observait, tout émue, sentant son cœur battre.

C’était un joli bébé, au visage rose et joufflu, aux yeux bleus pleins de candeur.

De grandes boucles blondes frisaient autour de sa nuque et de ses tempes.

— Oh ! le bel enfant ! articula naïvement Eugénie Drapier, il me semble que si je pouvais l’aimer, je me sentirais plus heureuse !

Sœur Sainte-Eudoxie, à ces mots, tressaillit violemment.

— C’est un orphelin ! articula-t-elle.