L’Enfer était, ce soir-là, presque solitaire.
Juve, qui continuait à regarder curieusement le repaire, notait qu’il s’y trouvait fort peu de bandits. Les autres étaient sans doute en expédition, Juve interrogea :
— Au fait, comment s’est terminée la bagarre de l’autre jour ?
Juve interrogeait le chef, curieux de connaître la sincérité dont il pouvait faire preuve. Juve savait fort bien, en effet, comment l’échauffourée avait pris fin. Il s’était renseigné à ce sujet dès le lendemain à la préfecture, où nul n’avait pu croire ni même soupçonner qu’il avait joué un rôle dans l’affaire ; il parlait donc simplement par véritable curiosité.
Le vieux chef, pourtant, en écoutant la question de Juve, avait douloureusement tressailli :
— Ce fut une terrible aventure ! déclarait-il. Trois des nôtres ont été poissés ; seuls mon fils et l’un de mes compagnons ont pu regagner l’Enfer !…
Le vieillard, ayant dit, se taisait quelques instants, comme écrasé sous le poids de ses réflexions.
— Ah ! la rousse ! la rousse ! déclarait-il soudain avec une expression de sombre énergie, comme je la hais !… Comme je voudrais m’en venger !
Il grinçait des dents désormais, il serrait les poings, subitement porté au paroxysme de la colère.
— Tu la hais ? demanda encore Juve. Pourquoi ? Elle ne te fait point de mal, puisqu’en somme elle vous laisse la paix à toi et à tes compagnons…