Son bâton s'appuyait, avec un bruit sec, sur les pointes vives du roc, et sa main en serrait rudement de temps à autre la poignée. À mesure que l'on s'éloigne de Saint-Jean-du-Doigt, l'aspect du sol devient monotone, âpre et nu; la végétation luxuriante de l'intérieur des terres disparaît; on n'aperçoit plus çà et là, que quelques pousses souffreteuses qui essayent de végéter sur les flancs inféconds du roc, ou encore quelques prairies arides, où l'herbe a été flétrie et brûlée par les vents d'orage.
Bien que les rayons d'un soleil éclatant éclairassent ce tableau, tout cela était d'une tristesse morne et désespérée, et Tanneguy en reçut une impression fâcheuse qui ajouta encore à ses cruelles préoccupations.
Tout à coup, il s'arrêta.
À quelques pas devant lui, et sur la pointe extrême d'un rocher qui dominait à pic toute la grève, venait de se dresser une misérable cabane recouverte de chaume.
Sur le seuil de cette cabane, un homme assis nonchalamment, accommodait philosophiquement les guenilles dont il était vêtu.
Cet homme, Tanneguy le reconnut de suite.
C'était celui que, dans le pays, on appelait Éric le mendiant.
Au cri sauvage que le vieux Breton poussa à cette vue, le mendiant releva la tête et pâlit.
Par une sorte de divination magnétique, il avait pressenti quelque catastrophe, et conçut un moment la pensée de se soustraire à cette visite indiscrète… Mais il était déjà trop tard.
Quand il voulut fuir, il se trouva en face du vieux Breton qui avançait.