Cependant, malgré l'assurance d'Éric, malgré le désir qu'il nourrissait dans son esprit, il ne pouvait encore croire à cette révélation. Pourquoi le vieux Tanneguy, qui aimait tant sa fille, l'aurait-il ainsi cruellement condamnée à la solitude, à la folie? Pourquoi Marguerite se serait-elle résignée à jouer ce rôle dont elle devait souffrir? N'y avait-il pas, au contraire, mille raisons de croire qu'il en était autrement? Et Octave lui-même n'était-il pas fondé à penser que la douleur avait pu égarer la raison de Marguerite jusqu'à la folie?
Octave retomba lourdement de la hauteur de ses espérances dans la réalité, et il sentit de nouveau son coeur se briser et la confiance s'en échapper.
D'ailleurs, ce qui le confirma encore davantage dans cette pensée, que le mendiant avait calomnié le père de Marguerite, c'est que, lorsqu'il sortit de ses rêveries et releva la tête, le mendiant avait disparu, ne croyant pas devoir attendre de nouvelles interpellations.
Octave poussa un profond soupir, et reprit son chemin vers le
Conquet.
Il était profondément triste: une amertume sans seconde emplissait sa poitrine; un désespoir morne se lisait sur ses traits.
Pauvre Marguerite!… Marguerite, folle!… folle à cause de son amour.
Il ne l'avait pas vue, il lui faudrait repartir sans la voir; il allait être contraint de s'éloigner pour toujours.
Octave comprenait qu'il valait mieux, pour son repos, pour son bonheur, qu'il en fût ainsi. Et cependant il ne pouvait se résigner à celle nécessité; et il marchait, à pas lents, dans l'allée de tilleuls, espérant toujours vaguement que Dieu prendrait pitié de lui, et mettrait fin à son atroce douleur.
Tout à coup il s'arrêta.
Un bruit imperceptible s'était fait entendre, et Octave avait tressailli.