Dieu n'avait pas d'ange plus pur; jamais homme n'avait été aimé par un coeur plus naïf!
Octave suivait un à un ces fantômes gracieux du passé, et il les saluait les yeux pleins de larmes et le coeur désespéré.
Tout était fini maintenant. Le vide s'était fait autour de lui; la solitude, une solitude froide et sans écho l'entourait, et il ne voyait plus de refuge que dans la mort.
Ainsi absorbé par les souvenirs du passé, Octave n'entendait pas la voix de Marguerite, qui, grâce au calme de la soirée, semblait flotter dans l'air comme une ravissante harmonie.
Elle chantait une de ces légendes bretonnes qui sont si profondément imprégnées de la mélancolie du pays et de ses habitants, et sa voix était émue, en racontant des malheurs dont elle semblait comprendre toute l'amertume.
C'était l'héritière de Keroulay.
VII
Marguerite avait cessé de chanter; Octave écoutait encore, suspendu à ses lèvres. La nuit était venue, laissant tomber de son front étoilé ses premières ombres transparentes, et bien que Marguerite eût disparu depuis quelques minutes, Octave ne pouvait se résoudre à abandonner la place. Un désir immodéré s'était emparé de lui; il voulait la voir encore, lui parler, entendre cette voix qui lui avait rappelé tant de choses de son passé.
Les fous, pensait-il, ont quelquefois des moments de lucidité; alors, ils se souviennent, ils retrouvent pour un instant seulement l'amour, la joie, l'espoir du passé. Marguerite doit être ainsi. Une heure passée à ses genoux suffirait à la rendre heureuse et à la faire souvenir!
Il s'arracha de la place qu'il occupait et fit quelques pas vers la ferme. Il était plein d'hésitation et de terreurs; mais une volonté plus forte que la sienne le poussait en avant, et il obéissait à cette impulsion, sans en chercher la cause.