— Sans doute.

— Et ces deux années qui viennent de s'écouler n'ont-elles pas été une assez longue épreuve?

— C'est vrai!

— Vous me l'avez dit vous-même; cette séparation vous a été douloureuse.

— Dites cruelle, Octave. Nous étions seuls, loin du monde, avec l'Océan et la grève déserte pour tout horizon… Ah! je pourrais raconter jour par jour les tristesses de ces deux années.

— Est-ce possible?

— Mon père ne voulait pas me laisser sortir; il prenait mille précautions pour que je ne fusse vue de personne. Il redoutait votre présence… J'ai dépassé bien rarement les limites de notre verger.

Octave ne répondit pas de suite; les dernières paroles de la jeune fille avaient éveillé de singuliers doutes dans son esprit; il pressentait vaguement la vérité, mais il frémissait en songeant qu'il pouvait encore se tromper.

Il reprit:

— Ainsi, dit-il avec anxiété, personne n'a passé le seuil de votre demeure pendant ces deux années?