Mais le jeune homme était pour le moins aussi embarrassé que la jeune fille, et après quelques paroles banales échangées encore avec Tanneguy, il les salua tous deux par un geste gracieux, leur promit d'aller bientôt les voir à leur ferme de Lanmeur, et enfonça lestement ses éperons dans les flancs de son cheval.

La noble bête prit aussitôt le trot, et monture et cavalier disparurent un instant après aux regards de Tanneguy et de sa fille.

Quand ces derniers l'eurent perdu de vue, ils reprirent silencieusement leur chemin, et se dirigèrent du côté de Saint- Jean-du-Doigt, dont on voyait déjà poindre à l'horizon les premières maisons…

À l'extrémité du village, sur une petite langue de terre, qui avançait presque aux bords de la grève, et derrière un bouquet d'arbres touffus, dont les tons verts et vifs, se détachaient nettement sur le fond sablonneux de la côte, s'élevaient les blanches murailles d'une sorte de cottage solitaire.

Dès qu'ils aperçurent cette charmante habitation, un rayon de joie brilla un moment dans les regards de Tanneguy et dans ceux de sa fille, et, instinctivement, ils pressèrent le pas et hâtèrent leur marche…

Cette habitation, c'était le presbytère de Saint-Jean-du-Doigt!…

II

Le bourg de Saint-Jean-du-Doigt est loin d'offrir à la curiosité du touriste ce que le touriste est habitué à chercher en Bretagne, c'est-à-dire des monuments d'une haute antiquité, ou quelque objet digne d'être soumis à l'appréciation des antiquaires de Paris. — À part son église dont quelques parties rappellent, avec assez de fidélité, l'architecture du quinzième siècle, et un vase d'argent richement ciselé, que l'on y conserve comme un don authentique fait à la commune par la reine Anne, le petit bourg ne présente guère d'intérêt au voyageur, que sa position pittoresque, et la beauté du site qui l'environne!

Le voisinage de la mer imprime à tout paysage un caractère de force et de grandeur; il y a dans le spectacle de cette immensité sans horizon, comme dans la sauvage harmonie de ces vagues incessamment agitées, quelque chose qui fascine, tourmente le regard et imprègne l'âme d'une tristesse amère et douce à la fois…

En présence de cette page sublime du livre de la nature, c'est en vain que l'on chercherait à nier Dieu… Dieu est là, il faut courber le front et adorer!…