— C'est vrai.

— Moi, je suis seule au monde; je n'ai plus que vous désormais, et si vous veniez à me manquer…

— Pauvre enfant!

— Et puis, vous avez été si bon, si généreux, si attentif à tout ce qui pouvait m'être agréable. Vous vous informiez de moi avec tant de sollicitude auprès de notre supérieure: je le sais; elle me l'a dit. Ah! je serais bien ingrate si je pouvais oublier que je vous dois tout.

— Ne parlons pas de cela.

— Si, au contraire, laissez-moi en parler! Tenez, savez-vous une chose? je m'ennuie bien ici, n'est-ce pas. Vous ne pouvez même pas vous en faire une idée. Eh bien il y a des moments où je n'aurais pas changé mon sort contre celui de la plus privilégiée des mondaines.

— Et ces moments?

— C'est quand je recevais une de vos lettres.

— Bon petit coeur!

— Je me disais: il est loin, bien loin!… et je ne le reverrai peut-être pas de longtemps. Mais il pense à moi; sa tendresse ne m'oublie pas. L'absence ne l'a pas changé! et alors, je me mettais à vous écrire. J'y passais des nuits entières, j'y employais toutes les heures de récréation, et je vous envoyais des lettres bien longues, bien bavardes, qui ont dû même vous agacer souvent.