— Ne me parlez pas ainsi.

— Et pourquoi!… je puis vous le dire maintenant… je ne pensais qu'à vous!… et si vous saviez toutes les pensées qui me sont venues!… il me semblait que vous n'étiez pas heureuse.

— Que dites-vous?

—À votre âge, on n'est pas habile encore à dissimuler, et sur votre front si pur et en apparence si calme, j'ai cru voir passer à plusieurs reprises, comme une ombre de tristesse.

— Mais, je vous jure…

— Oh! je ne vous demande rien; car je n'ai le droit de rien savoir; je ne suis qu'un étranger dans ce monde. Je vous ai rencontrée hier, par hasard, et demain, je partirai, peut-être pour ne plus revenir; mais, croyez-moi, Mademoiselle, et ne vous offensez pas de mes paroles: quel que soit le sort que l'avenir me réserve, j'emporterai votre image que rien désormais ne pourra plus effacer de ma mémoire ni de mon coeur.

Edmée écoutait émue et tremblante, sans trouver la force d'interrompre.

C'était la première fois qu'on lui parlait de la sorte, et la voix qui prononçait ces paroles lui paraissait particulièrement douce et pénétrante.

Toutefois, elle eut peur, et se tourna, inquiète, vers la soeur surveillante, craignant qu'elle n'eût entendu.

Mais, à sa grande surprise, elle vit la soeur qui l'observait sans sévérité, et elle ne surprit, au contraire, dans son regard, qu'une expression d'ineffable tendresse.