Fanny Stevenson l'interrompit par un éclat de rire strident.
— L'habit que je porte! répéta-t-elle avec âpreté; ah! croyez- vous donc qu'il ait étouffé en moi les cruels souvenirs qui me déchirent le coeur. Un moment, en effet, j'ai cru que mon sang s'apaiserait, que le calme, renaîtrait dans mon esprit, que les pensées mauvaises dont j'étais assaillie s'arrêteraient au seuil de cette pieuse, maison. C'était là un espoir insensé: sous la bure, comme sous la soie, mes veines battent avec la même violence, le voile qui tombe de mon front n'a pas éteint la flamme de mon regard, et dans le silence de cette solitude, les voix qui me parlent de vengeance se font, entendre avec plus d'autorité que par le passé. L'habit que je porte, dites-vous! Ah! que l'on me rende ma fille demain, et vous verrez avec quelle joie, avec quel oubli je le brûlerai pour en jeter la cendre au vent.
Miss Fanny s'arrêta.
Des pas venaient de se faire entendre autour du pavillon: c'était
Palmer avec le jardinier.
Le moment était venu de rentrer.
— Ne vous reverrai-je pas? demanda Gaston, inquiet.
— Je comptais vous prier de revenir, répondit la jeune femme.
— Quand cela?
— Demain.
— Ici?