Quand M. de Beaufort se fut retiré, Edmée quitta sa cellule et descendit au jardin, où l'attendaient Mariette et soeur Rosalie.
Mariette, qui brûlait d'impatience, la prit aussitôt par le bras, l'entraîna dans un coin de l'enclos et l'accabla de questions.
Edmée, encore toute préoccupée, ne fit que des réponses évasives. Plusieurs choses l'avaient frappée pendant l'entretien qu'elle avait eu avec son père; mais un fait surtout dominait ses impressions: c'était l'espèce de terreur qu'elle avait surprise sur son front quand soeur Rosalie avait passé.
Son père ne s'était pas expliqué à ce sujet, mais sa curiosité était violemment éveillée, et elle avait hâte de savoir.
Aussi elle s'échappa, dès qu'elle le put, des mains de Mariette, et revint vers soeur Rosalie, qui se promenait dans une allée solitaire.
Celle-ci l'accueillit de son plus invitant sourire.
— Vous avez vu M. de Beaufort, dit-elle d'un ton onctueux et doux, et vous voilà bien heureuse.
— C'est toujours une grande joie pour moi quand je vois mon père, répondit Edmée; il est si bon et il m'aime tant!
— Qui ne vous aimerait? interrompit soeur Rosalie, presque malgré elle.
— Mon père, je vous l'ai dit quelquefois, a une véritable adoration pour son Edmée, et je ne sais, de mon côté, ce que je ne ferais pas pour lui épargner un chagrin.