— Oui, oui, ma mère… répéta Edmée, d'un ton de rêverie vague.

Et sans avoir conscience de ce qu'elle disait, sans se douter qu'elle pensait tout haut, elle ajouta, comme dans une explosion de tendresse:

— Oh! comme je l'aurais aimée, si elle m'avait elle-même aimée comme mon père!

Soeur Rosalie ne releva pas le propos.

Elle était plus émue qu'elle n'eût voulu le paraître; une pensée obstinée pesait sur son esprit; elle avait sur les lèvres mille questions qu'elle retenait avec peine.

— Chère enfant, dit-elle enfin, vous avez tort de vous abandonner ainsi; je veux vous voir plus forte: d'ailleurs, votre père ne s'absente pas souvent, il reviendra bientôt, et vous oublierez ces petits chagrins auxquels vous vous étonnerez vous-même d'avoir donné tant d'importance.

— Vous croyez? fit Edmée en essayant de sourire.

— Vous aurez d'autres amitiés, d'autres attachements, qui vous seront une compensation plus douce que vous ne pouvez le supposer.

— Si c'était vrai!

— Je vous en réponds. Voyons, vous n'avez pas toujours été aussi malheureuse que vous croyez l'être en ce moment. Rappelez-vous votre enfance, reculez le plus que vous pourrez dans vos souvenirs, à cette époque éloignée, quand vous étiez toute petite. Votre mère vous aimait d'un égal amour, votre soeur et vous; elle ne vous distinguait pas dans sa tendresse. Vous aviez une même part toutes deux dans ses caresses. Moi, je connais aussi le coeur des mères; il peut s'égarer peut-être quelquefois et être incité à faire un choix entre deux belles jeunes filles, devenues, en grandissant, de caractère différent. Mais devant deux enfants charmants et doux, qui sourient et bégaient, appelant les baisers de leurs jolies lèvres roses, est-ce qu'il y a à choisir? Il n'y a qu'à aimer de toutes les expansions divines de son âme maternelle! Souvenez-vous! Et je suis bien certaine que vous me direz que c'est ainsi que vous a aimée madame de Beaufort!