C'était là des distractions auxquelles je ne pouvais me montrer indifférente, et il m'arriva bien souvent à, cette époque, de me laisser aller à des relations qui, sans dépasser les limites des plus rigoureuses convenances, n'étaient pas toujours d'une correction exempte de reproches.

J'étais vive, j'aimais le plaisir, et je ne tenais pas toujours assez de compte des observations bienveillantes que l'on m'adressait.

Pour tout dire, je commençais à supporter impatiemment les remontrances dont j'étais l'objet, et plus d'une fois, je fus sur le point de rompre brusquement avec mes hôtes, pour essayer d'une vie dont la séduction avait profondément ébranlé les honnêtes résolutions auxquelles je voulais rester attachée.

Les choses en étaient à ce point, quand il arriva dans la ville que nous habitions un étranger qui, dès le premier jour, parut devoir prendre un grand empire sur moi.

C'était un homme d'une trentaine d'années environ, d'un extérieur charmant, de tournure aristocratique, et qui manifestement était bien supérieur à tous les jeunes gens que j'avais rencontrés jusqu'alors.

Il s'appelait le comte de Simier, arrivait de Paris, et se rendait dans l'Amérique du Sud, où il allait, disait-il, diriger une importante exploitation.

À vrai dire, je ne m'intéressai que médiocrement à ce que le comte avait fait, non plus qu'à l'avenir qu'il rêvait.

Je ne vis que lui… et dans la situation où je me trouvais, sa présence exerça tout de suite une profonde impression sur mon esprit et sur mon coeur.

Je n'avais jamais aimé encore, et il ne lui fut pas difficile de s'apercevoir que je l'aimais…

D'ailleurs, je ne cherchais à rien cacher de ce qui se passait en moi… J'avais remarqué, de mon côté, que le comte était empressé et ému chaque fois qu'il me parlait, et il y a dans l'amour que l'on éprouve ou dans celui que l'on inspire, un rayonnement dont on tenterait en vain d'atténuer l'éclat.