Soeur Rosalie les regarda un moment s'éloigner, en se tenant par la main; un sourire d'une ineffable tendresse releva sa lèvre, et posant ses deux mains en croix sur sa poitrine, elle reprit le chemin de sa cellule.
Il était dix heures à peine; elle y resta jusqu'à midi.
C'était l'heure où Maxime et Gaston devaient se présenter au parloir, et elle ne doutait pas que Mariette et Edmée ne fussent exactes à l'innocent rendez-vous.
Elle attendit l'heure sans trop d'impatience.
Elle avait la tête et le coeur pleins… Jamais elle ne s'était sentie si heureuse; elle faisait mille projets d'avenir, tour à tour accueillis avec enthousiasme ou abandonnés à regret. Ce qu'elle voulait tenter devait rencontrer bien des obstacles: elle allait avoir à lutter contre madame de Beaufort, contre le comte, et elle s'effrayait à la pensée des difficultés sans nombre que l'on ne manquerait pas d'accumuler sous ses pas.
Mais que lui importait!
Elle ne pouvait plus hésiter… Maintenant qu'elle avait retrouvé sa fille, son devoir était tracé, et son amour maternel la soutiendrait dans la lutte qu'elle allait engager.
Sa fille?… Edmée?…
Elle la retrouvait plus belle, plus aimante qu'elle n'eût jamais osé l'espérer, et elle se disait qu'aucune puissance humaine ne pourrait plus la lui arracher.
Au surplus, depuis quelques jours, elle était convaincue qu'un grand trouble régnait dans la maison de la rue de la Chaussée- d'Antin.