— Moi? je ne pensais à rien. Je ne pouvais croire à tant d'infamie. Écoutez! Hier soir, après la prière, au moment où j'allais rentrer dans ma cellule, la mère assistante, c'est-à-dire celle qui remplace et supplée parfois la supérieure, me pria de lui accorder quelques instants d'entretien.
— Que voulait-elle?
— Un instant, j'ai cru qu'il s'agissait d'Edmée, ou que du moins j'allais obtenir de la soeur quelques renseignements dont je pourrais tirer parti; mais elle me retint un quart d'heure au moins pour se répandre en paroles inutiles, banales, et qui, pour tout dire, n'avaient aucun sens. Je ne m'en étonnai pas trop cependant; car ici c'est un peu l'habitude, et on n'y parle le plus souvent que pour bien s'assurer que l'on n'est pas devenue tout à fait muette; quand je la quittai, je regagnai donc ma cellule sans penser à mal, heureuse de lui échapper, heureuse surtout de rentrer dans ma solitude et dans la possession de moi- même. J'étais loin de me douter de ce qui m'attendait.
— Qu'est-ce donc?
— Tout d'abord, je ne fis aucune remarque. J'étais tout entière à mon enfant; mais quand j'allai poser ma lumière au chevet de mon lit, je demeurai glacée de stupeur.
— Qu'y avait-il?
— Oh! c'était presque imperceptible pour tout autre que moi; mais du premier coup d'oeil, je m'aperçus que ma cellule avait été visitée pendant mon absence et que l'on avait dû y opérer une perquisition minutieuse.
— Est-ce possible?
— Je voulus douter. J'examinai avec plus d'attention et bientôt les preuves abondèrent; sur les dalles, il y avait des traces de pas; le petit bahut dans lequel je serre quelques modestes objets de toilette avait été bouleversé; mon lit lui-même, défait et en désordre, attestait, par l'état dans lequel je le retrouvais, qu'une main curieuse l'avait indignement fouillé.
— Mais quel intérêt?…