Quelques minutes avant midi, les deux amis entraient au couvent de
Sainte-Marthe, bien diversement impressionnés l'un et l'autre.

Un changement inattendu s'était opéré chez Gaston: ce qu'il avait vu la veille, la certitude qu'il venait d'acquérir de la nouvelle tentative que l'on préparait contre Edmée, avait modifié ses dernières résolutions, et il arrivait bien décidé à s'unir à Fanny Stevenson pour empêcher l'odieuse séquestration que l'on méditait.

Jusqu'ici, il avait hésité.

Il ne pouvait croire à tant de noirceurs; il s'obstinait à espérer en l'amour que M. de Beaufort avait toujours témoigné à sa fille. Mais, depuis la veille, il ne doutait plus que le malheureux père ne fût entièrement gagné à la cause de madame de Beaufort, et il voulait empêcher qu'Edmée ne lui fût enlevée.

Ce qu'il allait faire, il ne le savait pas bien; mais il verrait miss Fanny, et, à eux deux, ils ne pouvaient manquer de réussir.

Quant à Maxime, il ne pensait qu'à Mariette, et il était fort ému.

Ce qu'il avait à lui dire était bien simple, cependant; mais quelquefois ce sont les choses les plus simples qui sont les plus difficiles à exprimer.

Comment s'y prendrait-il? Par où fallait-il commencer?

Le moment psychologique était venu, et après avoir cru fermement à l'amour de Mariette, maintenant il se sentait pris d'un doute affreux.

Mariette était la franchise et la bonté mêmes.