Elle se sentait comme abandonnée, menacée même sans qu'elle eût pu dire à propos de quoi.
Qui lui en voulait donc, et que lui voulait-on?
Elle s'y perdait.
Le jour où son père était venu la chercher à l'Adoration, elle avait deviné, sous ses questions inquiètes, un chagrin qu'il n'avouait pas, qu'il s'efforçait de dissimuler, mais qui se trahissait par son attitude embarrassée, son front soucieux, son regard qui se voilait par moment sous celui de sa fille.
Edmée ne l'avait jamais vu ainsi.
On eût dit qu'il avait honte; pour la première fois, il manquait à sa franchise ordinaire.
La pauvre enfant se creusait l'esprit sans arriver à trouver une explication qui la satisfît. Et elle se demanda quel malheur le menaçait.
Elle aimait tant son père! C'était la seule personne au monde qui lui eût jamais témoigné une réelle affection. Elle se le rappelait à toutes les époques de sa vie, bon, dévoué, aimant, l'entourant de soins, la berçant dans sa tendresse infinie.
Elle s'était habituée à être aimée ainsi! Pour mieux dire, elle ne croyait pas alors qu'on pût l'aimer davantage ou autrement, et elle s'était abandonnée confiante en cet amour, où elle entrevoyait un avenir reposé et calme.
M. de Beaufort lui eût demandé de mourir qu'elle n'eût point discuté, si elle avait pu croire que sa mort dût aider à son bonheur.