«Pardonnez-moi! et ne vous offensez pas de mon audace; j'aurais dû attendre, sans doute, m'adresser à M. de Beaufort, que sais-je? — mais j'étais si désespéré de vous avoir perdue, je suis si heureux de vous avoir retrouvée, que je n'ai pu résister au désir de vous écrire ces quelques lignes; depuis hier, je suis près de vous, je vois de ma fenêtre la cellule que vous habitez; il me semble que je vis de votre vie même; et si vous saviez quelle joie m'inonde et à quels espoirs je m'abandonne! Il faut que je vous parle! Au nom du ciel ne me repoussez pas! Je ne vous dirai pas qu'il s'agit du bonheur de toute ma vie, mais il y va peut-être du repos et de l'honneur de votre père, — ne vous inquiétez de rien d'ailleurs; toutes les précautions seront prises pour que personne ne puisse apprendre que je vous aurai vue! mais vous connaîtrez au moins les dangers qui vous menacent, et vous aurez, j'en suis sûr, confiance en ma loyauté!

«Edmée! Edmée! ne repoussez pas l'homme qui donnerait tout son sang pour assurer votre bonheur.

«G. de Pradelle.»

Edmée lut et relut cette lettre, et elle retira de cette lecture bien des sentiments divers.

Que faire? que décider?

Ce que demandait Gaston était impossible.

Où le voir, à quelle heure, qu'avait-il à lui dire?

Et puis elle ne pouvait oublier les paroles de son père; il lui avait parlé d'ennemis acharnés à sa perte et ces ennemis qu'il lui avait nommés étaient précisément ceux-là qui venaient la solliciter jusque dans la sainte demeure où on l'avait placée!

Ce n'est pas cependant que rien fût venu altérer la confiance qu'elle avait en Gaston; elle l'aimait plus que jamais, au contraire, dans la détresse où elle était réduite, et ne pouvait penser et elle ne pensait pas qu'il y eût quelque perfide machination dissimulée sous ses paroles.

Mais soeur Rosalie!