— Est-ce qu'une mère peut abandonner son enfant? répartit vivement miss Fanny.

— Cependant…

— Ah! vous apprendrez quelque jour les tortures qui ont été son triste lot dans cette vie misérable qu'elle a menée; elle n'était coupable que d'avoir trop aimé et d'avoir eu confiance, et on a indignement abusé d'elle. Après son abandon, dont elle ne veut plus conserver aucune amertume, il lui restait au moins sa fille. Pauvre enfant! qui n'avait pas demandé à vivre, et à laquelle elle ne demandait qu'à consacrer ses jours!… Mais on n'a pas voulu lui laisser cette joie suprême.

— Qui cela?

— Un jour, on la lui a ravie, et on l'a enfermée entre les murs d'une étroite prison où elle n'entendit jamais que la tempête déchaînée, où nulle voix humaine ne vint jamais lui parler de sa fille.

— C'est horrible!

— Et ce supplice, que l'on ne souhaiterait pas à son plus cruel ennemi, ce supplice a duré dix années, dix années, entendez-vous? pendant lesquelles elle a vieilli, ne redoutant qu'une chose, qui était de mourir sans avoir revu et embrassé son enfant.

— Pauvre mère!

— Oui, plaignez-la, chère Edmée, aimez-la surtout!… car désormais elle n'a plus que vous au monde, et vous seule pourrez la consoler de toutes les souffrances qu'elle a endurées.

— Ah! vous lui direz que je veux la voir.