Edmée retomba pour la seconde fois, dans son attitude taciturne et morne, et elle sembla réfléchir profondément.

Il y eut un long silence.

Fanny Stevenson et Gaston l'observaient avec attention, et ils cherchaient à deviner ce qui se passait dans son coeur.

Pourquoi se taisait-elle ainsi? d'où venait son hésitation? quelle pensée sombre pesait sur son esprit?

Miss Fanny eut un mouvement d'impatience.

— Tu te tais! dit-elle d'un accent amer; tu n'éprouves ni colère du passé, ni désir de vengeance pour l'avenir. Ah! tu n'as donc aucune pitié pour les souffrances dont on a abreuvé ta mère.

Edmée tourna vers miss Stevenson son visage baigné de larmes, et l'attira près d'elle par un geste plein d'abandon et de tendresse.

— Oh! je vous aime! répondit-elle. Je vous aime de tout l'amour que vous méritez, et ma vie se passera à vous faire oublier les tortures que vous avez endurées; mais, comprenez-moi bien aussi, chère mère adorée, comprenez bien ce que j'éprouve, et pourquoi je ne pourrai jamais me faire un avenir avec le malheur de mon père.

— Que dis-tu?

— Ah! il m'aime, lui aussi, vous le savez bien, et je ne pourrais être heureuse si je l'abandonnais avec cette épouvantable pensée que sa honte lui viendrait par l'enfant qu'il a si tendrement aimée. Non, non, plutôt le cloître, plutôt la mort, et je suis bien sûre que M. Gaston ne voudrait pas plus que moi d'un bonheur acheté à ce prix.