— Eh bien! à demain, ma mère bien-aimée; à demain, Gaston, mon fiancé… Et aimez-moi assez l'un et l'autre pour ne pas me demander une action dont le souvenir pèserait éternellement sur ma vie à l'égal d'un remords.

Ce que fit Edmée le lendemain, nous le dirons plus loin; mais auparavant, il n'est pas inutile de faire connaître ce qui se tramait rue de la Chaussée-d'Antin, et surtout ce qui s'y était passé à la suite des événements que nous venons de raconter.

Ainsi que l'avait deviné miss Fanny Stevenson, c'était bien Gobson, poussé par madame de Beaufort, qui avait préparé le guet- apens, lequel devait avoir pour effet de dépouiller le jeune commandant des papiers qu'il portait toujours sur lui.

Seulement, il faut être juste, même envers les coquins; la pensée de Gobson n'allait pas plus loin que la spoliation, et son intention n'était point d'attenter aux jours de Gaston.

Sous prétexte de le conduire auprès de M. de Beaufort, il l'avait attiré dans un lieu désert, où deux affidés étaient apostés, et une fois là, il s'était démasqué tout à fait et avait découvert ses batteries.

Mais il avait affaire à un homme qu'il n'était pas facile d'intimider ni de surprendre. Gaston s'était défendu avec une énergie à laquelle les assaillants ne s'attendaient pas, et une lutte s'était engagée, qui avait mal tourné.

Un coup de couteau est bien vite donné, et l'un des deux hommes aux gages de Gobson n'aimait pas à flâner longtemps dans les rues, la nuit.

Il avait donc précipité le dénouement, convaincu, depuis longtemps, qu'il est plus commode de dépouiller un blessé qu'un homme valide.

Cette vivacité avait tout gâté.

Gaston était tombé en appelant à l'aide, et au moment où les trois bandits allaient se ruer sur le corps roulé à terre, un bruit de pas s'était fait entendre, et ils avaient dû s'empresser de disparaître.