«J'allais vous écrire moi-même: j'ai bien besoin de vous voir, de vous rassurer, d'obtenir mon pardon pour la peine que je vous cause; de vous dire surtout que je vous aime, comme jamais peut- être je ne vous avais aimé encore.
«Ne vous hâtez pas trop de juger ma conduite… Remettez avant de me condamner…
«Demain, je vous attendrai toute la journée. — Vous viendrez, n'est-ce pas?
«J'ai bien pleuré depuis hier, en pensant à vous, qui avez été toujours si bon pour moi; croyez que je vous conserve au fond de l'âme une inaltérable affection contre laquelle rien ne prévaudra.
«Les larmes m'aveuglent… ô mon bon père, songez que votre fille vous attendra demain, et que ce lui sera une grande consolation de pleurer dans vos bras et sur votre coeur.
«Edmée.»
XIII[1]
La journée du lendemain fut attendue par tous avec une impatience qui s'explique, sans qu'il soit besoin d'y insister.
M. de Beaufort avait fait connaître à madame de Beaufort la lettre d'Edmée, et les termes dans lesquels s'exprimait la pauvre enfant avaient communiqué une sorte d'espoir aux hôtes de la rue de la Chaussée-d'Antin.
M. de Beaufort ne pouvait penser que sa fille se montrerait impitoyable; il connaissait son coeur excellent, et le contact de Fanny Stevenson ne pouvait pas, en si peu de temps, lui avoir fait oublier l'amour qu'elle avait toujours témoigné à son père.