Qu'importait d'ailleurs aux jeunes époux!

Ils avaient quitté Londres au lendemain de leur union, et étaient allés savourer leur lune de miel en France, en Italie, en Espagne, un peu partout, et n'étaient revenus à Paris que quelques années plus tard, pour s'y fixer tout à fait dans le bel hôtel de la Chaussée-d'Antin qu'ils n'avaient plus quitté depuis.

M. Wilson, ne voulant pas laisser son gendre inoccupé, avait décidé, dans sa sagesse, de créer, en France, une maison de banque qui serait comme la succursale de celle qu'il dirigeait lui-même en Angleterre, et il avait placé Beaufort à la tête de cette maison.

Ce dernier était apte à tout. Il ne demandait pas mieux que d'occuper ses loisirs; le beau-père n'eut qu'à se louer de la résolution qu'il avait prise.

Dix-sept années avaient donc passé sur le bonheur des époux sans qu'aucun nuage fût venu le menacer.

Tout au plus une ombre avait-elle parfois troublé cette quiétude, mais ce fut là une chose imperceptible pour les indifférents et à laquelle nul ne fit attention.

Nous avons dit que Beaufort avait deux filles: l'une s'appelait
Edmée, l'autre Nancy.

Edmée, l'aînée, était brune: son opulente chevelure noire faisait comme un diadème d'ébène à son front, et, à travers ses grands yeux limpides et doux, on eût pu voir son âme tout entière. Elle rappelait les traits de son père, dont elle était la vivante image.

La cadette, Nancy, ressemblait surtout à sa mère; elle en avait l'allure enjouée, la grâce délicate et tendre, et son bel oeil bleu empruntait parfois de bizarres lueurs où tremblaient certaines aspirations mal contenues.

Les deux enfants s'aimaient d'une affection sans bornes et semblaient n'avoir jamais rien cherché ni entrevu au delà de l'horizon que leur faisait l'amour de leurs parents.