Nanna.—Elle s'en fut dans la chambrette de je ne sais quelle lavandière et y resta la nuit, sans dormir pour une once; elle eut donc bien le temps de songer à sa vengeance, et elle y songea de la façon que je vais te dire. La ceinture que le mauvais drôle venait de gaspiller avait été volée par son mari dans cette maison, tu sais, appartenant au cardinal della Vella, où il y eut le feu il n'y a pas longtemps; elle-même l'avait soustraite à son mari, qui l'avait serrée dans un coffre. A cette heure, se voyant sans cette ceinture, pour se venger de celui qui l'avait si bien moulue, et sans penser à ce qui pouvait en advenir, elle alla trouver le propriétaire de la maison brûlée et lui conta comment un tel se trouvait avoir la ceinture. Le gentilhomme, mis au fait de l'histoire, commença par faire jeter le grappin sur celui qui l'avait volé, et le capitaine de la Corte-Sevella, jugeant sur cet indice qu'il avait dû dérober encore bien d'autres objets, lui fit appliquer bon nombre de tours de corde. De la sorte, la pécore en fut pour sa mésaventure et pour sa honte, ainsi que son mari, et celui qui l'avait traitée à sa façon s'esquiva par les mailles du filet.

Pippa.—Tant pis pour qui se laisse attraper!

Nanna.—Mais, jusqu'à présent, je ne t'ai encore montré que les grains de poivre, de millet et de blé, des pépins de raisins ou de grenade; maintenant je vais déplier le drap du haut en bas et, après t'en avoir conté une dernière où il n'y a pas trace de bourre, je te congédie. Écoute-moi donc, et si tu peux te retenir de pleurer, retiens-toi.

Pippa.—Ce sera quelque femme engrossées, puis mise à la porte?

Nanna.—Pis.

Pippa.—Quelque enfant enlevée au papa et à la maman, puis rouée de coups de bâton et abandonnée au milieu de la rue?

Nanna.—Pis que moulue de coups, le nez coupé, laissée en chemise, déshonorée, pourrie de mal français et arrangée le plus pitoyablement qu'il soit possible.

Pippa.—Dieu, viens à notre aide!

Nanna.—C'est ce qui attend quiconque aime à crédit.

Pippa.—Bien sûr, pareille chose doit venir d'un de ces poètes à qui vous voulez que j'ouvre et que je me livre.