La nourrice.—Combien je suis aise que de pareils vantards d'amour soient traités de cette façon! Venez-y, freluquets, hochequeues, les femmes ôtent leurs cottes pour vous appliquer sur leur estomac; bestioles, chie-musc, crache-rubis, museaux de singes!

La commère.—A l'histoire d'une nonne.

La nourrice.—Que d'affaires à la maquerelle! il faut qu'elle soit partout, qu'elle mette la main à tout, qu'elle promette et dépromette, qu'elle nie et qu'elle affirme.

La commère.—Cappe! Oui, ce sont de grosses affaires que celles de la maquerelle! Une maquerelle doit se métamorphoser en tailleur.

La nourrice.—Comment, en tailleur?

La commère.—Oui, elle doit ressembler au tailleur, qui toujours promet. Le voici en train de te couper un habit, une casaque, une paire de chausses, un pourpoint; et bien qu'il soit certain de ne point pouvoir te servir non seulement pour le jour qu'il te promet, mais même pour le lendemain, le surlendemain et le jour d'après, néanmoins il ne se fait pas faute de promettre, de certifier, et ce qu'il en fait, c'est pour ne pas se laisser échapper l'ouvrage des mains. Le matin arrive, et celui qui croit s'habiller à neuf, après l'avoir attendu une ou deux heures au lit, lui envoie dire qu'il se dépêche:—«Tout de suite, tout de suite», répond le tailleur; «j'achève de coudre une dizaine de points qui manquent et j'arrive.» Trois heures sonnent, l'heure du dîner, puis l'heure de none, et il ne paraît pas; le messire vous le coupe en quatre, à force de blasphèmes et d'injures. Le rusé tailleur, dès qu'il a fini, court à la maison du personnage, déplie l'habit, jacasse, s'excuse, s'humilie, s'enfonce dans ses épaules, donne raison à sa pratique, souffre tout et ne tient nul compte des épithètes de voleur et de fainéant qui pleuvent sur lui dès qu'il se montre. Ainsi fait la maquerelle; elle laisse criailler ceux qui criaillent de ce qu'elle n'a pas tenu ponctuellement ses promesses faites à crédit, et quand il ne lui arrive rien de plus que d'être appelée grosse maquerelle, vieille ribaude, sale truie, c'est un vrai plaisir.

La nourrice.—Un vrai plaisir.

La commère.—C'est le portrait ressemblant de celui qui se ronge en attendant ses habits neufs, l'homme qui voit passer l'heure du rendez-vous. Il veut étrangler la maquerelle; mais celle-ci, en toute occurrence, doit faire au particulier qu'elle a dupé le même visage que fait un hôtelier au voyageur amené à l'auberge par son garçon.

La nourrice.—Comment, à l'auberge?

La commère.—Je vais te le dire. Les garçons d'hôteliers s'en vont tous les soirs à un mille de l'auberge et, s'ils aperçoivent un voyageur, se mettent à lui dire:—«Signor, oh! messire, venez avec moi; nous vous donnerons des perdrix, des faisans, des grives, des truffes, des becs-figues, du Trebiano»; ils lui promettent jusqu'à du suc amer; et après qu'ils l'ont mené où ils veulent, à peine trouve-t-il quelque poulet maigre et d'un seul vin. L'homme tempête; l'hôte s'excuse en lui disant:—«Il n'y a qu'un instant, un monseigneur voyageant à franc étrier nous a dévoré tout ce que mon valet croyait encore que nous avions ici.» Force est bien à l'autre, qui est descendu de cheval et qui a ôté jusqu'à ses bottes, de manger ce qu'on lui donne.